La période que vit actuellement le jeu vidéo est complexe. Elle l’est pour tout le monde, vous allez me dire, et vous aurez raison. Mais depuis le début de la pandémie, les studios de développement et surtout les éditeurs ne semblent pas apprendre leur leçon. Et près de deux ans après, les mêmes erreurs se répètent. Les excuses sur les réseaux sociaux se multiplient, et ce quelque soit l’éditeur. Ça suffit !

Les reports liés à la crise du COVID-19 sont quasiment quotidiens. Et c’est normal ! Les studios de création n’ont pas été préparés à subir ce bouleversement d’organisation. L’instauration du télétravail pour des sociétés dont les besoins en puissance de calcul sont très importants, surement les plus importants de l’industrie du divertissement, a été compliqué à mettre en place. On ne développe pas un jeu sur son petit PC portable à la maison comme on le ferait dans un studio équipé d’ordinateurs colossaux et de plateforme de développement. Et on n’échange pas de la même manière lors d’une réunion Zoom comme on le ferait en tête à tête au détour d’un bureau. Rien d’étonnant donc de voir les dates de sortie de Horizon Forbidden West ou de Ghostwire: Tokyo, prévues initialement pour 2021, repoussées au début de l’année 2022.

Repousser ou se planter

Repousser un jeu, oui, c’est fâcheux. Fâcheux d’abord pour l’éditeur qui fixe des dates de sortie en fonction d’un calendrier lié à la rentabilité d’une durée de développement et à la fenêtre de sortie pour maximiser les ventes par rapport aux jeux de la concurrence. Mais fâcheux aussi pour le joueur qui se réjouit de pouvoir mettre la main sur le jeu dans les temps. Certes, c’est fâcheux. Mais souvent nécessaire ! Rappelons-nous de The Last of Us Part II, prévu initialement en février 2020 et qui a vu finalement sa sortie repoussée de 3 mois.

Le tweet publié le 2 avril (à retrouver juste là, à droite 👉) précisait, en résumé, que le studio était aussi déçu que nous de voir la date de sortie repoussée, mais que le développement était sur le point d’être terminé. Le report est du à des problèmes de logistiques liés à la crise du COVID-19 mais qu’il était nécessaire de prendre cette décision afin d’être sûr de pouvoir proposer un jeu à la hauteur des attentes des joueurs.

Et ce fut le cas ! Le jeu est un véritable carton ! Un succès critique, d’abord, et de ventes également. The Last of Us Part II obtient un magnifique score de 93/100 sur MetaCritic, un site compilant les notes de dizaines de sites spécialisés. Dans ce cas précis, ces 3 mois supplémentaires ont permis de peaufiner le titre, même si celui-ci a vu la quasi-totalité de son développement effectué avant la pandémie.

A contrario, et malgré plusieurs reports, on ne peut pas en dire autant pour Cyberpunk 2077. Prévu initialement pour avril 2020, lui aussi a vu la majorité de son développement effectué avant la crise du COVID-19. Pourtant, après un premier report au 19 septembre, le titre sera encore une fois décalé au 19 novembre. Et on ne peut pas dire que ces quelques mois supplémentaires lui ont promis un succès à la hauteur de The Last of Us Part II… Oh non !

La version console “current gen” de l’époque (PS4 et XBox One) est une véritable catastrophe. Bugs en tout genre, ralentissements, maniabilité aux fraises… Le jeu est clairement destiné aux consoles de nouvelle génération et au PC, nécessitant une puissance élevée afin de rendre justice à la vision des créateur du jeu. D’ailleurs, et pour rappel, l’éditeur s’est bien gardé de fournir cette version “current gen” aux journalistes de la presse spécialisée pour faire leur test. Cette version est tellement pourrie que Sony décide de retirer le jeu du PlayStation Store quelques jours après son lancement. Il ne sera de retour qu’en juin de l’année suivante, soit 7 mois d’absence. Du jamais vu pour un jeu de cet ampleur.

Message original publié sur les réseaux sociaux

Après un lancement véritablement raté, le studio en charge du développement partage sur ses réseaux sociaux un message d’excuse, dans un visuel aussi jaune que la honte :

Tout d’abord, nous aimerions commencer par nous excuser de ne pas avoir montré le jeu sur les consoles de génération actuelle avant son lancement et, en conséquence, ne vous permettant pas de prendre une décision plus éclairée concernant votre achat. Nous aurions dû nous appliquer à le faire tourner de meilleure manière sur PlayStation 4 et Xbox One.

Deuxièmement, nous corrigerons les bugs et les plantages et améliorerons l’expérience globale. La première série de mises à jour vient d’être publiée et la suivante arrive dans les 7 prochains jours. Attendez-vous à plus, car nous mettrons le jeu à jour à chaque fois que de nouvelles améliorations seront prêtes.

[…] Enfin, nous souhaitons que tous ceux qui achètent nos jeux soient satisfaits. Nous vous serions reconnaissants de nous donner une chance, mais si vous n’êtes pas satisfait du jeu sur votre console et que vous ne voulez pas attendre les mises à jour, vous pouvez choisir de rembourser votre copie. […].

Marcin lwiriski, Adam Kiciriski, Adam Badowski, Michaf Nowakowski, Piotr Nielubowicz, Piotr Karwowski
CD Projekt Red

En plus de s’excuser, le studio propose aux joueurs qui ne seraient pas satisfaits de se faire rembourser. Une première ! Il faut rappeler que le jeu était particulièrement attendu, avec une campagne de communication particulièrement soignée, à renfort de publicités sur les réseaux sociaux et l’émission “Night City Wire” sur YouTube. La déception n’était que plus grande lorsque le jeu, repoussé à plusieurs reprises, se montre catastrophique en terme d’expérience de jeu. Personnellement, j’ai démarré le jeu à son lancement, rencontré des dizaines de bugs, et refermé la boite au 10e plantage sur PS5. Je ne l’ai pas redémarré depuis.

Résultat : le jeu est une telle catastrophe que CD Projekt Red, son éditeur, a perdu 1 Milliard de dollar en bourse suite à son lancement raté.

Le début d’une série d’excuses

Depuis, les éditeurs semblent avoir compris la leçon. Les reports se multiplient pour une grande partie des éditeurs, afin de peaufiner leur jeu et éviter les machines à bugs. Plusieurs jours pour certains, plusieurs mois pour d’autres…

Returnal était prévu pour sortir dans les premiers jours de 2021, il sortira le 30 avril. Idem pour Ratchet & Clank: Rift Apart qui aurait du sortir dans “la fenêtre de lancement de la PS5” (donc en fin d’année 2020) et qui sortira le 11 juin 2021.

Halo Infinite, annoncé pour sortir en même temps que la Xbox Series X et S en novembre 2020, attendra un an avant de pointer le bout de son nez. Après avoir dévoilé les premières images du jeu en juillet 2020, les retours des joueurs sont catastrophiques. Accusant le coup d’un retard graphique et technique, Microsoft a d’abord continué de dérouler sa stratégie avant de repousser le jeu d’un an à quelques mois de sa sortie. Phil Spencer est revenu sur ce report et sur la façon de gérer la situation.

Je n’aime pas la façon dont nous l’avons fait. […] Je n’aime pas le fait que nous ayons montré le jeu, que nous ayons parlé de son lancement au moment du lancement des consoles. Et puis en l’espace d’un mois, nous l’avions repoussé.

« Craig » la Brute est devenue une véritable star des réseaux sociaux. 343i pourra t-il sauver du ridicule le grand méchant du jeu ?

Arrive ensuite l’un des plus gros flop de l’année 2020 : eFootball. Konami est connu depuis des décennies avec sa série PES (Pro Evolution Soccer), concurrent direct au best-seller “Fifa” d’Electronic Arts. Une nouvelle version du jeu sort chaque année, jusqu’à l’annonce d’une refonte du concept de PES, qui quitte son modèle de jeu annuel pour un principe de free-to-play. Le jeu change de nom et devient eFootball. Il sort le 30 septembre 2021 sur toutes les plateformes, devient gratuit et propose du contenu payant pour agrémenter ses parties. Sauf que là aussi, la sortie est précipitée et le jeu n’est pas prêt. Bugs graphiques, gameplay incohérent, modèles 3D des joueurs complètement pétés… Les Youtubeurs s’amusent à compiler les problèmes rencontrés lors de leurs parties, et ce n’est pas jojo !

Là aussi, et on commence à s’y habituer, l’éditeur présente ses excuses et promet de grosses mises à jour et des ajouts de modes de jeux qu’on attendait à son lancement. Ces excuses arrivent peu de temps après le lancement du jeu le 29 septembre sur les appareils mobiles, PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One et Xbox Series X/S. Il a été lancé dans un état qu’on considère comparable à une BETA, si mauvais que de nombreux fans déçus ont exprimé leurs frustrations, faisant d’ eFootball 2022 le jeu le plus détesté de Steam .

Après le lancement de “eFootball 2022”, nous avons reçu beaucoup de retours et de demandes […] Nous sommes vraiment désolé pour les problèmes rencontrés et nous assurons que nous prendrons au sérieux tous vos retours et corrigerons la situation

Les excuses de trop

On pensait être tranquille avec les excuses liés à des lancements précipités de jeux qui ne sont pas prêts… Mais ça, c’était sans compter sur Rockstar Games qui lance en grandes pompes un remaster de ses 3 jeux iconiques GTA 3, Vice City et San Andreas dans un bundle appelé sobrement Grand Theft Auto: Trilogy – The Definitive Edition. Au programme, une réédition des jeux sortis sur PS2 au début des années 2000, bénéficiant d’un petit coup de plumeau numérique les rendant plus joli.

Mais une nouvelle fois, c’est une véritable déception. Le studio en charge de cette nouvelle édition est directement pointé du doigt. En effet, cette trilogie a été adaptée par Grove Street Games, un partenaire tiers qui était déjà en charge des versions mobiles des 3 jeux sortis il y a une dizaine d”années sur iOS et Android. Le studio est surtout connu pour adapter des jeux sur mobile. Bugs par milliers, style graphique qui ne plaît pas à tout le monde, et libertés prises sur le gameplay et l’histoire… Les journalistes jeux vidéo et Youtubeurs s’en donnent à cœur joie !

Je ne vous étonnerai pas en vous annonçant qu’encore une fois, nous avons droit à des excuses du studio :

Tout d’abord, nous tenons à nous excuser sincèrement auprès de tous ceux qui ont rencontré des problèmes en jouant à ces jeux.

La série Grand Theft Auto – et les jeux qui composent cette trilogie emblématique – sont aussi spéciaux pour nous que nous savons qu’ils le sont pour les fans du monde entier. Les versions mises à jour de ces jeux classiques n’ont pas été lancées dans un état répondant à nos propres normes de qualité ou aux normes auxquelles nos fans s’attendent.

Rockstar Games

Depuis ce communiqué de presse, la mise à jour 1.02 a été déployée sur toutes les plateformes, corrigeant de nombreux bugs, avec entre autre :

  • Correction de plusieurs problèmes de localisation
  • Correction de plusieurs cas de collisions manquantes ou mal alignées
  • Correction de plusieurs cas de trous dans la carte
  • Correction de plusieurs cas de textures incorrectes ou mal placées
  • Correction de plusieurs cas de clipping de la caméra à travers des objets
  • Correction de plusieurs cas de sous-titres incorrects affichés
  • Correction de plusieurs cas de texte mal affiché
  • Correction de plusieurs cas d’objets mal placés
  • Correction de plusieurs problèmes avec la modélisation des personnages durant les cinématiques
  • Correction de plusieurs cas de dialogues manquants, retardés ou répétés

STOP aux excuses !

Oui, STOP ! Ça suffit maintenant !

Nous le savons, la pandémie du COVID-19 a durement touché le monde du jeu vidéo. C’est triste, oui, mais il faut s’adapter. Après le naufrage de Cyberpunk 2077, qui a été expliqué par la volonté des actionnaires de lancer le jeu contre l’avis de ses développeurs afin de ne pas rater les fêtes de Noël, mais aussi par une politique de crunch (pression subi par les équipes pour accélérer son développement, particulièrement mis en lumière après des confidences faites après le coup de boost imposé aux développeurs de Red Dead Redemption 2) imposée aux équipe de CD Projekt Red, le jeu n’a pas réussi à accéder au succès qu’on lui promettait.

Les pressions sont nombreuses, certes. Mais les joueurs en ont assez de se voir transformés en beta-testeurs à chaque sortie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Retour haut de page